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 Chapitre IV : Esperanz.

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Loki
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Localisation : Taintignies (B)
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MessageSujet: Chapitre IV : Esperanz.   Dim 15 Oct - 22:36

Toi qui entre ici, abandonne toute espérance,
Oublie toute lâcheté, car te voici,
En présence de la mort de l’enfance,
Et de celle qui a perdu le don de l’esprit.
Dante, « L’enfer » (libre inspiration)



C’est d’un pas de velours que Cheezter pénètre dans la chambre où l’ont mené les deux femmes. La pièce est nue, sobre et sombre. Dans le coin le plus opposé à la porte, la chimère voit un lit ressemblant plus à un champs de bataille qu’à autre chose. Dame Orthiga s’apprête à appeler sa protégée, mais elle en est empêchée par l’atlante qui lui pose délicatement un doigt sur la bouche tout en effectuant un mouvement de négation de la tête. Le grand chatgondin est surpris quand il se rend compte qu’il est observé par des yeux sombres qu’il entrevoit à travers un pli du drap blanc sous lequel se cache l’occupante de la chambre. La chimère s’assied au centre de la pièce, comme si elle en prenait possession, puis lentement, elle commence à se frotter les oreilles, comme si c’était la chose à faire la plus importante qui soit. Le temps s’écoule au rythme de la toilette de la chimère jusqu’à ce qu’une tête blanche et lisse émerge de sous les draps. La fillette squelettique, complètement nue, rase les murs à quatre pattes, se déplaçant comme un crabe tout en fixant intensément l’animal qui se trouve au centre de sa chambre.
Esperanz est d’une blancheur extrême et son corps est dépourvu de toute pilosité. La tête chauve de l’enfant semble énorme par rapport à son corps et ses grands yeux noirs paraissent eux-même disproportionnés dans ce visage inexpressif. Dame Orthiga ne peut s’empêcher d’intervenir :
- Ezperanz, tes vêtements...
La fillette hausse les épaules d’un air dédaigneux sans cesser de fixer Cheezter.
Dénébra rit discrètement, puis rajoute :
- Voilà une réponse on ne peut plus claire.
- Ce n’est pas amusant du tout, cela fait des mois que ça dure, il faut qu’elle s’habitue à être vêtue, et puis ce n’est pas convenable de se promener ainsi.
- Ha les humains et leur honte de la nudité, je me demande si ce ne serait pas arrivé quand votre espèce a perdu ses poils…
- C’est ça, moque toi, et la tienne des espèces, elle ne les a pas perdus ses poils peut-être ?
- Je parierais plutôt pour des écailles.
Orthiga qui se demande si elle plaisante est interrompue dans ses pensées quand la voix rauque d’Esperanz se fait entendre :
- Elle est à qui, la bête ?
La chimère arrête sa toilette et répond posément :
- Je me nomme Cheezter et tout comme toi, je n’appartiens à personne.
Complètement surprise, la fille ouvre la bouche et reste immobile.
Dénébra intervient d’une voix douce :
- Ce n’est pas vraiment un animal, Cheezter est une chimère et…
Esperanz luui coupe brutalement la parole.
- Toi j’te parle pas, et j’veux pas t’voir, dégage d’ici !
Orthiga qui devient toute rouge frappe du pied quand elle s’écrie :
- Esperanz, surveille ton langage, sinon…
Tout en restant fixée sur la chimère, la petite répond d’un air dédaigneux :
- Sinon quoi, tu vas me frapper, me battre, m’enfoncer des choses dans le corps ?
- Mais enfin, bien sûr que non !
Dans l’espoir de détendre l’atmosphère, Cheezter intervient :
- Il est clair qu’il y a de la tension ici.

Dénébra semble plutôt s’amuser de la situation quand elle explique :
- Comme tu as pu le comprendre, notre petite protégée ne m’aime pas beaucoup, elle me reproche les quelques interventions de chirurgie que j’ai pratiqué sur elle, pour son bien, est-il utile de le préciser ?
- Pour mon bien ?
- Espèce de sadique de merde, dis plutôt qu’tu prends ton pied à me charcuter comme lui le faisait.
Avec une rapidité fulgurante Dénébra se précipite sur la fillette pour lui saisir le bras sans ménagement, puis plongeant son regard de nacre droit dans celui de la gamine, elle lui dit dans un grondement rauque :
- Le jour où je te découperais pour mon plaisir, je te jure que tout ce que tu as subi entre les mains de tes tortionnaires te semblera n’avoir été que de l’amusement en comparaison !
Esperanz détourne rapidement le regard et essaie en vain d’échapper à la poigne de Dénébra.
- Lâche moi, tu m’fais mal, au secours Dana !
C‘est d’une voix hystérique que la maîtresse de maison se met à crier :
- Dénébra, arrête ça, mais enfin qu’est-ce qui te prend ?
Libérant la fillette qui se précipite sous un drap, elle hausse les épaules.
- Peut-être est-il temps que ton invitée comprenne que me manquer de respect risque d’entraîner des conséquences désagréables pour sa petite personne.

Sortant rapidement de la chambre, Dénébra entraîne son amie avec elle.
- Laissons la tranquille, il y a d’autres choses dont nous avons à nous entretenir.
Orthiga la suit, non sans hésitation.
- Est-ce prudent de laisser cet animal avec la petite ?
- Ce n’est pas tout à fait un animal Dana, et il est de taille à se défendre.
- Justement, après la frousse que tu lui a fait, elle risque de se montrer imprévisible, peut-être même violente…
- Tu t’inquiètes beaucoup trop, laisse donc se faire les choses. Au fait, je m’excuse pour mon comportement, tu as bien fait de m’arrêter avant que je ne lui fasse définitivement horreur.
- Déjà qu’elle te reprochais tes interventions, mais là, elle était au bord de la panique, je me demande si tu pourras encore l’approcher.
- Ça lui passera, tu verras.
Une fois qu’elles sont de retour dans le salon, Dénébra fouille dans sa robe, en extrait un objet emballé dans un tissus grossier qu’elle dépose sur la table basse.
- C’est un cadeau, pour toi, pour Esperanz et pour la Guilde.
- Tu as réussi à retrouver le masque de ce monstre ?
L’atlante prend place confortablement dans un des gros fauteuils, en souriant, elle rajoute :
- Il m’est déjà arrivé de réaliser des exploits autrement plus significatifs que de me faire honteusement rouler par une toute jeune opportuniste.
Dana qui déballe son « cadeau » avec précaution s’arrête pour regarder lourdement son interlocutrice :
- Tu sais que je ne comprends rien à ce que tu racontes…
- Désolée, il est vrai que je m’exprime parfois de manière alambiquée. J'ai toujours aimé les périphrases et les   circonlocutions obscures.
Dana lève les yeux au ciel :
- C'est cela, moque-toi de moi...
Elle laisse tomber le chiffon pour exhiber un étrange masque blanc et argent. Après avoir examiné l’objet sous tous les angles, elle finit par demander :
- Mais qu’est-ce que c’est censé représenter ?
- On peut y voir beaucoup de choses, autorité, mysticisme ou une simple envie de se cacher de ses propres horreurs. Pour ma part, ce masque était porté par un sadique de la pire espèce qui a eu le sort qu’il méritait et je ne chercherais pas d’autre explication.
- Heureusement que tu ne l’as pas sorti dans la chambre, elle aurait été complètement terrorisée.
Dénébra se passe les doigts dans les cheveux, puis elle se penche en avant pour laisser tomber dans un souffle :
- Ce n’était pourtant pas l’envie qui me manquait…
Dana s’apprête à répondre sèchement, mais elle se rend compte que son amie est plongée dans ses pensées. D’un ton maintenant radouci, elle lui demande de lui parler de ce qui la tracasse.
- Il s’est passé quelque chose à La Rade de Keth, un phénomène qui s’est répété aussi à Castel Rhubin, et tu viens d’assister au même évènement avec Esperanz.
- Tu as perdu le contrôle, sans vouloir te vexer ce n’est pas nouveau, ça ira mieux quand Marita sera là.

Dénébra se redresse et fixe son interlocutrice.
- Marita est de retour Dana, et si dans l’ensemble tout va bien, il est à craindre que Badwäh avait raison, les choses changent et les pouvoirs évoluent, quand aux miens, ils s’éveillent d’une manière inattendue.
Elle se tait comme si la discussion était close. Orthiga qui sait qu’il vaut mieux la laisser prendre son temps quand elle se confie ne bouge plus et laisse le silence se prolonger. Soudain la voix éraillée de l’atlante reprend son récit.
- Vous, les humains de Troy, usez de la magie du Magohammot pour vos pouvoirs. Les farfans sont eux-même magiques, on peut même dire qu'ils la respirent naturellement. De son côté, Marita puise en elle pour ses différents pouvoirs, quant à moi, il semblait que j’avais perdu la plupart des miens lorsque j’ai été projetée « d’Atlantide » pour m’écraser avec perte et fracas sur « Monde ».

Dénébra se tait de nouveau et Dana doit se faire violence pour ne pas pousser son amie à continuer son histoire. Cela fait des mois que les deux femmes se sont rapprochées, depuis « l’affaire des barons fêlons », et elle a appris à écouter l’atlante et à accepter les histoires étonnantes et souvent dérangeantes qu’elle rapporte quand elle se confie.

- Il est fort probable que j’étais décédée lors de mon arrivée, c’est que mon corps d’alors n’était plus qu’une plaie, même mon crâne était incomplet. Disons avec certitude que j’étais plus morte que vivante. Néanmoins, je fus régénérée et réanimée par mon symbiote, une cape vivante capable de me soigner, au point de m’avoir peut-être ressuscité. D’après ce que je crois me souvenir, le peuple dont je suis issue était maître dans la création et la manipulation d’organismes de toute espèce, y compris des hybrides mi-atlante mi je ne sais quoi.
Cette fois Dana ne peut s’empêcher d’intervenir :
- Tu ne semble pas certaine de ce dont tu te souviens.
- En effet, j’ai déjà été maintes fois manipulée à travers de faux souvenirs implantés par un atlante, des dieux ainsi que par une goule infecte. Tu peux donc  comprendre ma prudence concernant tout ce qui a trait à ma maudite mémoire défaillante et traîtresse...
- Pardonne mon ignorance, mais qu’est-ce qu’une goule ?
La femme aux yeux de nacre se tait un moment avant de répondre, comme si elle cherchait ses mots ou qu’elle rassemblait ses souvenirs.
- Tu as bien de la chance de n’avoir jamais eu à être confrontée à ce type de mort-vivant. Dans mon cas, ce dernier portait comme nom Athanazar, c’était un sorcier très puissant, mort depuis longtemps…
- C'était surtout un ennemi mortel, (Dénébra sourit quand elle rajoute) quoique intime…
Balayant ses propres paroles d’un revers de main théâtral, elle rajoute :
- Mais tout ceci est de l’histoire ancienne. Pour en revenir à mon arrivée catastrophique, nous avons toujours cru que ma blessure à la tête avait emporté et mes chairs et mes pouvoirs. Pourtant, la semaine dernière, lors de mon voyage vers Castel, j’ai été submergée par une vague de souvenirs, certainement un nouveau cadeau de Sylass, comme lors de son arrivée l’année dernière.Enfin, au moins cette fois ne m’aura-t-il pas mordue.
- Lors de ma rencontre avec Badwäh, ce dernier m’a fait part de certaines de ses suppositions me concernant, et en tenant compte d’images de mon passé inattendues, il apparait que j’étais membre de « l’Imperium Atlante », autrement dit : j’étais une impératrice. Ne crois pas que c’était une vie de luxe, à « Atlantis » le pouvoir et les privilèges étaient exclusivement détenus pas les prêtres. Les empereurs et impératrices comme moi n’étions que des armes, des outils au service du clergé.
Même si Dana ne comprend pas où veut en venir Dénébra, elle reste concentrée et silencieuse tant il est exceptionnel que son amie parle ainsi d’elle-même et surtout de son passé si trouble.

Une image particulière lui revient en mémoire, la visite d’une femme qu’elle croyait aveugle à la robe de cuir ensanglantée, blessée à l’épaule, à moitié démente et qui proférait des menaces aussi incompréhensibles que terribles. Sa rencontre avec cette valkyrie qui enquêtait sur le meurtre des membres de sa guilde, l’avait laissé transie d’effroi. Dana sourit de son ignorance d’alors. Depuis, Dénébra lui avait ouvert les yeux sur la cruelle réalité de Troy, mais aujourd’hui elle l’emmenait dans une réalité encore différente.
La Dame de Moo est tirée de ses réflexions quand sa visiteuse reprend son récit.

- Il est possible que mes pouvoirs aient toujours été là, et qu’en réalité je n’avais plus assez d’énergie pour les activer, à part quelques capacités au fonctionnement aléatoire. Cette énergie qui est une émanation sombre et malsaine de choses dont il vaut mieux que tu ignores tout, hé bien disons qu’il m’est possible de la capter et ainsi d’avoir accès à mes anciens pouvoirs. J’ai accidentellement découvert que je peux emmagasiner d’autres effluves, enfin à défaut de mots c’est ainsi que j’appelle ce que je parviens à recueillir en moi. Mais ce phénomène m’affecte, me change, et même me ronge au point de me faire frôler les abysses de la folie. Tout dépend de la nature de ces effluves, ainsi, tout à l’heure dans la chambre, j’ai du recevoir la colère d’Esperanz, ce qui peut expliquer mon accès de violence à son égard.

Dana, qui vient enfin de comprendre le sens de ce qu’elle vient d’entendre, ne peut s’empêcher de demander :
- Comment ça se passe, comment fais-tu cela ?
- Honnêtement, je n’en ai pas la moindre idée, ça se fait comme ça…
- Il se peut même que ce phénomène existe chez moi depuis longtemps et que je ne m’en sois jamais rendu compte. Ceci expliquerait mon comportement de ces dernières années.
Dénébra sourit :
- Je me berce peut-être d’illusions en cherchant à trouver une explication quant à mes comportements erratiques. Ainsi, cela fait un moment que je me demande pourquoi je te raconte tout ceci. L’explication la plus plausible, c’est qu’Espéranz a fait appel à toi quand elle avait peur, car elle voit en toi ce qui ressemble le plus à une mère. Il est donc fort possible que ce soit cette effluve qui me pousse à me confier à toi Dana...
Orthiga fronce les sourcils, ouvre et referme la bouche plusieurs fois sans réussir à dire quoi que ce soit. L’atlante éclate de rire, puis visiblement très amusée rajoute :
- Ne panique pas, le rôle de maman Moo te va à ravir, et c’est déjà passé.
- Dénébra, une fois de plus tu te moques de moi !
- Un petit peu, je l’admets honteusement…

- Honteusement, la Grande Dame des Médecins connaît donc ce sentiment !
Elles se retournent avec surprise vers la nouvelle venue qui bras et jambes croisés se tient contre le mur. Dénébra se lève et va saluer Moralité. Les deux femmes se prennent mutuellement dans les bras.
- Je suis heureuse de te savoir rentrée de Castel Rhubin. Tout s’est-il bien passé là-bas, le jeune homme a-t-il trouvé protection auprès de la châtelaine ?
- D’une certaine manière.
Elles s’écartent l’une de l’autre, jetant un regard approbateur sur son amie, Moralité siffle de manière flatteuse avant de rajouter.
- Tu sembles en forme, pour ne pas dire radieuse, Dénébra le bleu te met vraiment en valeur, et cette robe est magnifique.
Visiblement ravie du compliment, la grande femme fait un tour gracieux sur elle-même avant de reprendre place sur le divan. Tapotant du plat de la main, elle invite la capitaine de « L’Ordalienne » à la rejoindre, ce que fait cette dernière après s’être débarrassée de sa cape.
- Si tu es ici, c’est que Marita est rentrée et comme tu es de bonne humeur, je présume que vos retrouvailles se sont bien passées.
L’atlante acquiesce silencieusement.
- Je suis tout de même étonnée de te voir ici plutôt qu’avec elle.
- C’est un peu compliquée, disons que nous avons repoussé ce moment de quelques heures. Après tout, cela fait presque six mois qu’elle était absente, quelques heures de plus à attendre ne rendra cet instant que plus délicieux, savoureux, intense, et je vous épargne tous les détails et les qualificatifs qui tentent de se précipiter hors de mon esprit par cette bouche que je contrôle à grand peine.
Moralité éclate de rire tandis que Dana fait une moue réprobatrice. Réprimant discrètement un frisson, cette dernière s’adresse à ses invitées :
- Puisque je vous ai toutes les deux sous la main, vous allez pouvoir m’expliquer en détail toute cette histoire de tribunal et surtout l’intervention importune de la Guilde de Collecte. Moralité, je dois dire que ton rapport m’a pour le moins rendue perplexe, qu‘est-ce qui vous a pris de frayer avec ces suppôts de bêtise que sont les membres de cette ecoeurante guilde, aussi vile et dégoûtante que peuvent l’être les déchets qui la composent ?
Moralité secoue la tête :
- Dénébra, tu as vraiment une mauvaise influence sur Dana, on croirait t'entendre...

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